IBUKA - Mémoire & justice
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IBUKA -Mémoire et Justice est une association sans but lucratif fondée en août 1994, regroupant les survivants du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda en 1994, les proches des victimes ainsi que toutes les personnes soucieuses de la mémoire des victimes et du sort des rescapés de ce génocide. Afin de renforcer ses activités sociales au niveau local, IBUKA-M&J a créé des antennes à Louvain-la-Neuve,à Liège,à Bruxelles et à Namur tout en contribuant à la naissance d'autres Ibuka dans différents pays.

Ibuka Mémoire & Justice, discours prononcé à la fin de la marche de souvenir du 07/04/2011au Palais de la Justice (Bruxelles)

Solange Umuhoza et Stany Mukurarinda (Commissaire chargé de la Justice Ibuka Belgique)Il est des gestes, des démarches qui sont hautement symboliques. La marche du souvenir -tous les 07 avril en Belgique depuis 1995- en fait désormais partie.

En effet le 07 avril est la date retenue le 16 août 1994 par les membres fondateurs d’Ibuka Belgique et les amis de la liberté qui les ont entourés dans ces circonstances.
Ces hommes et ses femmes dont la clairvoyance n’est plus à prouver, nous ont ainsi évité toute  confusion avec les combats douteux de ceux qui veulent justifier le génocide par l’assassinat du Président Habyarimana, la nuit du 6 au 7 avril 1994.

Car en effet un génocide est tout sauf spontanéité. La mort du Président fut un prétexte certes suffisant pour exécuter un plan longtemps et savamment préparé par les régimes hutus dirigés par les Présidents Kayibanda et Habyarimana respectivement de 1961 à 1973 et de 1973 à 1994.

Les deux hommes ont délibérément choisi de puiser et de faire les leurs les fantasmes racistes de la fin du 19ème siècle prêchés par le colonisateur belge notamment.
C’est sur des schémas simplistes mais dévastateurs qu’a été fondée l’idéologie raciste du Hutu Power qui est restée intact jusqu’à ce jour.

Si nous nous permettons de faire ce bref rappel historique c’est que après la mise en exécution de ce plan macabre contre les Tutsi du Rwanda par génocidaires hutu au nom de la majorité numérique hutu , dix sept ans après la bête immonde guette encore.

Pendant que les survivants du génocide tentent encore de reconstituer leurs visages humains fracassés et mutilés, pendant que le Rwanda tente de se relever, le Hutu Power récidiviste a décidé d’achever son travail :

  1. par des éliminations physiques certes limitées en nombre, mais bien ciblées notamment sur le territoire rwandais
  2. et à travers un négationnisme et une falsification de l’histoire déconcertants.

 
La légitimation du laisser faire et du laisser aller dans des sphères publics ou privés, au niveau nationaMarche de souvenir Ibuka Belgique 2011l et international, a atteint son paroxysme à telle enseigne que tout est permis pour qualifier les faits, nommer les auteurs et les victimes.

Le récent rapport des Nations Unies, le UN ‘Mapping report’ sur le Congo, présente des failles facilement exploitables par les négationnistes et les révisionnistes.

Le génocide est qualifié soit de façon délibérée, soit par facilité ou inconsciemment de « génocide rwandais ». Dans tous les cas cette appellation sert  d’alibi aux têtes pensantes du  Hutu Power qui n’ont pas hésité à prendre les devants pour demander l’autorisation de se recueillir le 06 avril devant le monument dédié au « Génocide rwandais » à Woluwé Saint Pierre en Belgique.

Le mauvais usage des mots  aboutit facilement à un syllogisme à première vue  banal mais dont l’aboutissement est tout sauf hasardeux : Le monument, dit-on, est érigé en mémoire du « Génocide rwandais », or nous sommes Rwandais, donc au nom des libertés publiques nous sommes autorisés à nous recueillir devant ce monument.

Voila comment on se donne bonne conscience.

Marche 2011 IBUKALa prévention de génocides -qui restent possibles- passe notamment par l’usage correct et adéquat des mots. Car à force de dire les choses n’importe comment, non seulement on dit n’importe quoi, mais encore on se voit autorisé à faire n’importe quoi.

Depuis plusieurs années déjà l’association Ibuka à travers les colloques et les témoignages a inscrit à son agenda les questions de qualification notamment.

Dix sept ans après la perpétration du génocide des Tutsi, Ibuka en appelle à la vigilance des autorités politiques notamment  où qu’elles soient de donner un signal fort pour dissuader les forces du mal.

Des instruments juridiques et légaux doivent être érigés pour faciliter l’arrestation et la traduction en justice de génocidaires avérés que nous côtoyons tous les jours dans nos cités et sur nos villages aussi bien au Rwanda, en Belgique et partout ailleurs dans le monde.

Nous saluons à cet égard l’exemple belge qui a pu organiser des procès qui ont abouti à la condamnation par la Cour d’Assisses de Bruxelles de ressortissants rwandais en 2001, 2005, 2007 et 2009.

Les récentes arrestations de quelques personnes soupçonnées d’avoir commis les faits similaires reflètent également la volonté des autorités judiciaires belges d’appliquer les règles juridiques en vigueur.

Nous voulons confirmer aujourd’hui que de telles initiatives ont des effets immédiats non seulement pour la communauté rwandaise de Belgique, mais également pour tous les citoyens belges qui côtoient des fois sans le savoir des génocidaires sur les places publiques, dans les transport en commun et dans les taxis, sur leur lieu de travail … .

Les survivants du génocide basés en Belgique ont été d’autant plus rassurés qu’un des leurs s’est fait poignarder  à Bruxelles par le nommé Gakwaya Ernest plus connu sous son surnom « Camarade ».

Il fait partie de personnes arrêtées à Bruxelles alors que récemment il avait publiquement déclaré qu’il ne se reprochait de rien.

Nous recommandons à cet égard aux autorités rwandaises de faire preuve de plus de discernement dans le choix des participants aux rencontres destinées à promouvoir la réconciliation nationale afin d’éviter la répétition des erreurs comme celles de décembre dernier dans le cadre de l’opération « Come and see ».

Tels sont des gestes que nous attendons de la justice des pays abritant des génocidaires.
Il est en effet impensable que dix sept ans après la perpétration du génocide, des génocidaires reconnus comme tels coulent des jours heureux et jouissent des mêmes droits que des honnêtes gens.

La justice ne pourrait être crédible si elle n’était pas à même d’inquiéter les auteurs du crime des crimes.
Nos Etats ne pourraient être respectés si ils étaient dans l’incapacité de garantir la quiétude de ses citoyens.

C’est dire que nos Souverains, nos gouvernements, nos législateurs et nos systèmes judiciaires ne doivent ménager aucun effort pour garantir les libertés publiques.

A cet égard Ibuka désapprouve les idées selon lesquelles il ne serait pas nécessaire de légiférer pour contrer le négationnisme au nom de la liberté d’expression.

Il est des mots qui tuent, les prémisses du  génocide des Tutsi en sont un exemple on ne peut plus clair.
C’est avec les mots qu’on déshumanise l’autre, l’autre réduit à un parasite, une bête, un serpent, un cancrelat… le passage à la phase finale « l’élimination » est dès lors inéluctable.

Ces questions sont toujours d’actualité. Pierre Péan -pour ne citer que lui- qui se veut un investigateur contemporain chevronné ne cautionne t-il pas dans son fameux livre Noires fureurs, blancs menteurs que les Tutsi naissent menteurs et que certains Hutus le deviennent par contagion.

C’est dire que notre crainte est réelle et que la paix durable et la sécurité dans nos pays ne peuvent résulter que de la conjugaison des efforts à tous les niveaux et dans tous les milieux respectueux des droits fondamentaux de l’être humain.

La marche d’aujourd’hui s’inscrit dans cette perspective.

Ibuka Belgique voudrait vous demander de renouveler avec elle ces revendications fondamentales pour converger vers « le plus jamais ça », afin de préserver d’autres peuples  de crimes de génocide.

En faisant l’effort de tirer le maximum de leçons des trois génocides du 20ème siècle commis respectivement sur les Arméniens, les Juifs et les Tutsi, nous pourrons enfin prévenir d’autres génocides qui restent encore possibles.

Le cas du Rwanda est d’autant plus informatif qu’il est le plus récent, qu’il s’est déroulé devant nos yeux, en présence de la Mission des Nations Unies pour l’assistance au Rwanda, la MINUAR, devant les caméras et les médias voyeurs.

Aujourd’hui il est de notoriété publique que ce génocide aurait pu être évité.

Tous les acteurs doivent faire amende honorable en s’engageant à alimenter un Fonds de soutien et/ou d’indemnisation aux victimes du génocide de 1994 et ce sous l’égide des Nations Unies.

Nous vous remercions pour votre participation et pour votre attention.

Nous vous invitons à nous rejoindre au Centre culturel d’Auderghem où se dérouleront la Soirée de la Mémoire et la Veillé.

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