L’EXPOSITION : « Les 100 jours du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994 » (Discours de Déo MAZINA)

Categories: Actualités, Commémoration

mazina-au-senat-belgeL’EXPOSITION : « Les 100 jours du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994 » 

A la Maison des cultures de la Commune de Saint-Gilles, Le 29 septembre 2016

Excellence Monsieur l’Ambassadeur du Rwanda en Belgique,

Monsieur l’Echevin de la culture à la Commune de Saint – Gilles

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, en vos titres et qualités respectives

Chers frères et sœurs rescapés du génocide des Tutsi

Le 07 avril 1994 débutait au Rwanda, l’un des génocides les plus meurtriers du XXème siècle, après celui des Arméniens et celui des Juifs.

Ce génocide anti-tutsi qui a duré environ une centaine de jours est actuellement connu et reconnu, historiquement et juridiquement, par la communauté internationale. Il a été clairement imputé au Hutu Power et au Gouvernement d’alors au Rwanda, ainsi qu’à leurs complices, individus, pays, ou institutions.

Si toute périodisation s’avère arbitraire, dans ce processus crucifiant de la déshumanisation, celui qui, au Rwanda, mène au « Mal absolu », n’a pas commencé en 1994 comme beaucoup le pensent, il a belle et bien débuté 1959 et a atteint son summum en 1994.

Ainsi, sur la longue durée d’une génération, on a assisté, de façon sporadique, quasiment cyclique, à des phases d’essai, puis de répétition générale, pour atteindre le paroxysme en 1994.

Et entre avril et juillet 1994, plus d’un million de personnes sont monstrueusement assassinées sur l’ensemble du pays : à coups de machettes,

  • de haches,
  • de lances,
  • de flèches,
  • de gourdins,
  • de baïonnettes,
  • de balles de fusils,
  • de chars d’assaut,

d’incendies dans des les maison privées, dans les églises, dans les temples et autres lieux publics.

Beaucoup de femmes sont atrocement violées, puis suppliciées de toutes les manières, avant d’être mises à mort.

Ce crime innommable, a pourtant été commis dans l’indifférence totale de la communauté internationale, alors qu’au lendemain de la seconde guerre mondiale et de la Shoah, elle avait pris l’engagement solennel que « plus jamais » le monde ne pourra tolérer pareil déni de l’humanité.

Nous voici donc aujourd’hui, réunis ici à Saint Gilles pour rafraichir notre mémoire sur ce qui s’est passée, on va le faire via cette exposition : « Les 100 jours du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994« .

Cette exposition constitue pour nous un des outils qui nous permettent d’informer les personnes qui n’ont pas connu cette tragédie, mais aussi ceux qui la connaissent mal ou ceux qui la connaissent partiellement.

Elle nous permet de rappeler le calvaire qu’ont enduré les victimes de ce génocide.

A ceux qui l’ont vécue de près ou de loin, ou ceux dont les proches en ont été victimes, c’est une occasion de réitérer notre volonté de préserver et de perpétuer la mémoire des nôtres. C’est une occasion de rappeler ce passé qui ne passe pas, alors que le temps passe en toute vitesse.

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Nul n’est à l’abri d’une telle tragédie, et ces dernières années, ces derniers mois, ces derniers jours nous l’ont prouvé, ici en Belgique ou dans certains autres pays européen.

C’est donc une occasion pour avertir nos enfants que l’intolérance, la discrimination, la haine, la violence et le non respect de toute vie humaine qu’elle soit peuvent détruire l’humanité entière.

Au nom d’IBUKA Mémoire et Justice que j’ai l’honneur de présider, je tiens à remercier la Commune de Saint Gilles qui a accepté d’accueillir cette exposition pendant les 2 semaines qui viennent.

Je remercie particulièrement son Bourgmestre, Monsieur Charles Picqué et l’échevin de la culture, Monsieur Carlo Luyckx. Veuillez, Monsieur l’échevin transmettre à Monsieur le Bourgmestre, nos sentiments de reconnaissance.

Je tiens à remercier aussi SE Monsieur l’Ambassadeur du Rwanda en Belgique, Olivier Jean Patrick NDUHUNGIREHE, pour avoir accepté de venir rehausser cet événement malgré ses multiple sollicitation. Même si l’on dire qu’il est parmi les premiers concernés, sans présence ici aujourd’hui est de grande valeur.

Ce geste de la part de la commune de Saint Gilles est un témoignage incontestable de votre volonté de collaborer à la préservation de la mémoire de l’humanité, en particulier en ces périodes où ont commémore les événements de la première guerre mondiale, y compris ceux qui se sont déroulés dans les pays africains.

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Cette exposition : « Les 100 jours du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994« , est organisée par IBUKA Mémoire et Justice, mais le travail quotidien est assuré par notre commissaire à la mémoire, l’infatigable Aloys Kabanda, qui en est promoteur et qui ne cesse de sillonner le pays à la recherche de nouvelles opportunités pour la faire connaitre. Je voudrais lui adresser mes vifs remerciements.

C’est d’ailleurs avec lui que vous serez en contact pendant ces 2 semaines que va durer cette exposition.

Merci aussi à vous tous, qui, aujourd’hui avez fait le déplacement pour assister à ce vernissage, votre présence est importante pour nous.

Je vous invite à la parcourir attentivement, et, sans anticiper sur ceux qui la découvrent pour la première fois, je vous annonce que vous y découvrirez des images inédites, des documents historiques, moments révélateurs de l’ampleur de ce génocide, des constats qui vont susciter un véritable questionnement en vous.

Cette exposition est l’une des activités qu’IBUKA réalise grâce au soutien de la Fédération Wallonie Bruxelles, via sa cellule « Démocratie ou Barbarie ». IBUKA bénéficie de ce soutien en sa qualité de Centre labélisé et en vertu du décret Mémoire du 13 mars 2009. Nous tenons à la remercier la Fédération Wallonie Bruxelles pour ce soutien, et en particulier le comité technique et l’équipe d’accompagnement avec qui nous travaillons régulièrement.

Cette exposition existe depuis un peu plus de 10 ans, mais elle a déjà fait un parcours satisfaisant.

Nous nous réjouissons de sa présentation à plusieurs endroits hautement symboliques, tant au niveau national qu’international.

En dehors de la Belgique, elle été présentée :

  • Au Parlement Européen, à Strasbourg en 2006 ;
  • Au conseil de l’Europe, en 2007 ;
  • Au palais des Nations à Génève, en 2008 ;
  • Au National Montreal Museum et au Mc Gill University, au Canada, en 2009 ;
  • Au Grand Duché du Luxembourg, en 2014

En Belgique, elle a été présentée :

  • A Namur, en 2005
  • A la Vénerie-Espace Delvaux, Bruxelles, 2006
  • Au Parlement de la Fédération Wallonie Bruxelles, en 2014
  • Au Territoire de la Mémoire à Liège, en 2014
  • Au Parlais de Justice d’Arlon, Province du Luxembourg, en 2014;
  • A Mons, sous le haut patronage de Monsieur Eliot Di Rupo, que nous tenons à remercier beaucoup d’ailleurs ;
  • A Tournai, sous le haut patronage du Ministre Président de la FEDERATION WALLONIE BRUXELLES, Monsieur Rudy DEMOTTE, à qui je tien à exprimer ma profonde gratitude ;

Le 24 octobre prochain, si tout va bien, elle sera exposée à la Maison Communale de Woluwe Saint Lambert ;

Et probablement l’année prochaine au Parlement Wallon à Namur, car nous avons déjà reçu leur feu vert.

Au sein de notre association IBUKA Mémoire et Justice, nous avons décidé de renforcer sa promotion, afin d’avertir toute personne qui voudrait nous écouter, que le risque est grand de voir ressurgir les démons du passé.

Au moment où la justice commençait à se faire progressivement (même si pour nous elle se fait trop lentement), la négation et la banalisation de ce génocide prennent une ampleur inquiétante, ici en Belgique, ailleurs en Europe et dans le monde.

Fort heureusement, certains pays ont décidé de prendre le taureau par les cornes :

Nous tenons à remercier les Etats Unies qui viennent d’extrader vers le Rwanda, un des génocidaires présumés, le Dr Léopold Munyakazi pour qu’il soit jugé sur le lieu de ses crimes. Si je ne me trompe pas, il est arrivé hier à l’aéroport International de Kanombe. Il n’a pas été le premier et nous espérons qu’il ne sera pas le dernier ;

D’autres pays comme le Canada, le Danemark, la Norvège, l’ont déjà fait.

La France vient de juger et de condamner à perpétuité 2 anciens maires de la commune de Kabarondo (Est du Rwanda), et elle s’apprête à juger en appel, Monsieur Simbikangwa. Cette initiative est à encourager.

Nous déplorons, par contre, qu’en Belgique, après un élan exemplaire qui a permis de juger un certain nombre de génocidaires et pas des moindres, mais que beaucoup d’autres dossiers restent dormants dans les tiroirs du  Palais de Justice. Ce qui permet à beaucoup de génocidaire présumés de continuer à se balader ici en Belgique en toute impunité et à narguer leurs victimes.

A quand les premières extraditions des génocidaires vers le Rwanda ? Si la Belgique n’a plus les possibilités de les juger, pourquoi ne les extrade-t-elle pas au moins vers les Rwanda ?

Nous déplorons également le geste du Parlement Hollandais qui vient de suspendre l’extradition de deux génocidaires, Monsieur Jean Baptiste Mugimba et Jean Claude Iyamuremye, alors que toutes les structures judiciaires du pays, ainsi que la Cours Européenne de Justice l’avaient autorisé. Nous considérons que cela porte atteinte à l’image de la démocratie hollandaise que nous la considérions comme l’unes des meilleurs de l’Europe.

Lors de l’Assemblé Générale réunissant les sections nationales d’IBUKA en Europe (Belgique, France, Suisse, Italie, Hollande), nous avons eu l’occasion d’exprimer notre indignation via un communiqué de presse que vous pouvez trouver sur notre site.

Pour conclure, j’aimerais adresser une requête à la Commune de Saint Gilles, en souhaitant que cette bonne collaboration ne s’arrête pas à l’exposition, mais qu’il y ait d’autres initiatives. Comme par exemple l’attribution d’un espace où on peut ériger une stèle commémorative, où un jardin de la mémoire (pourquoi pas). La France en compte plus de 7 actuellement, en plus d’un jardin de la mémoire en plein centre de Paris. Pourquoi pas demain ou après demain à Saint Gilles ?

Je m’en voudrais, évidemment, de terminer cette prise de parole sans réitérer mon appel habituel pour une solidarité agissante en termes de mémoire, car le génocide est un crime contre l’humanité et la mémoire est un devoir pour tous.

Aidez-nous donc à reconstruire l’humanité, et à construire un monde plus vivable, plus équitable, un monde débarrassé de haine et d’intolérance.

Je vous remercie.

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