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IBUKA -Mémoire et Justice est une association sans but lucratif fondée en août 1994, regroupant les survivants du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda en 1994, les proches des victimes ainsi que toutes les personnes soucieuses de la mémoire des victimes et du sort des rescapés de ce génocide. Afin de renforcer ses activités sociales au niveau local, IBUKA-M&J a créé des antennes à Louvain-la-Neuve,à Liège,à Bruxelles et à Namur tout en contribuant à la naissance d'autres Ibuka dans différents pays. Allocution d'ouverture de la soirée de la mémoire: Gakumba H. Albert (président d’Ibuka-M&J,asbl) le 07/04/2011 au Centre Culturel d'Auderghem (Bruxelles)Distingué(e)s invité(e)s, Mesdames et Messieurs, Chère communauté de rescapés, Chers membres et sympathisants d’Ibuka, 17 ans après, nous voici de nouveau réunis pour commémorer le dernier génocide du 20 ième siècle, le génocide commis contre les Tutsi, cette abomination des abominations humaines qu’a connue le Rwanda, notre pays, en 1994. Nous sommes là pour perpétuer la mémoire du million de victimes horriblement massacrées par le Hutu Power et ses complices, les unes en très grande majorité à cause de leur classification identitaire et les autres en plus petit nombre par leur non adhésion ou leur opposition supposées à l’entreprise génocidaire. Nous sommes là également pour réclamer justice contre les coupables et réparation à tous les responsables de cette « flétrissure de l’humanité ». Ce n’est point une sinécure de prendre la parole dans ces circonstances mémorielles Cependant, c’est avec la plus douloureuse et profonde émotion que je vais, au nom de l’asbl Ibuka-Mémoire et Justice, tâcher d’apporter son tribut d’hommage et de soutien au million de victimes, apporter sa pierre à la prévention et à la récidive de cette ignominie, à la révélation de la vérité historique et à l’édification d’un futur plus juste, plus solidaire, plus fraternel et plus humain, débarrassé des démons de la haine meurtrière et de la négation ou néantisation de l’autre. Que l’on ne s’y méprenne pas. Pour Ibuka, le devoir de mémoire n’est pas « comme une mémoire obligée » ou une sorte « d’injonction à se souvenir », ou une sorte de « captation de la parole muette des victimes » selon les mots du philosophe Paul Ricoeur. «C’est donc par l’expérience personnelle de la rencontre de toute souffrance, dans le fond de l’intimité de notre être, que nous nous élevons à l’universel de l’Homme. Par identification, le devoir n’est plus une règle universelle formelle à laquelle nous devrions nous soumettre rationnellement mais ce que la souffrance de l’autre oblige en assurant la métamorphose de mon individualité en homme. Voilà la véritable révélation de la mémoire : l’homme fait humain ! C’est à notre sens, seulement à ce prix, que le devoir de mémoire pourra détenir la suprême légitimité : celle de la dette des vivants à l’égard des morts. » (Bruno Guitton) Etre là aujourd’hui, ce n’est donc pas par une simple injonction à se souvenir, ce n’est pas une réponse factice ou superficielle à une invitation, ce n’est pas non plus par un souhait de diabolisation des coupables ou des bourreaux de ce génocide qui s’élabora en fait durant trente cinq ans dans le silence le plus abject de l’humanité de cette planète-Terre. C’est d’abord et avant tout, par nécessité de restitution de la dignité humaine aux génocidé(e)s et aux survivantes et survivants meurtris, déshumanisés par ce génocide ; c’est par conviction intime que nous sommes aux côtés de ceux qui, ici à Bruxelles comme ailleurs dans le monde, organisent la 17ième commémoration du génocide des Tutsi pour honorer et perpétuer la mémoire de toutes et de tous ceux qui ont enduré pendant 100 jours les inqualifiables atrocités avant de périr sous des coups de fusils, sous des grenades, sous les gourdins et les massues, sous les haches et les machettes, dans les latrines, dans des rivières ou après d’affreux et bestiaux viols. C’est par conviction personnelle et non par conformisme aux desiderata d’un organe quelconque étatique ou par calcul politique que nous commémorons ce génocide dont l’idée « était prégnante et en cours d’exécution durant 35 ans », conséquence de l’acceptation de l’idée d’extermination des Tutsi par l’Etat rwandais, par ses gouvernants et suppôts de 1959 à 1994-, et cela, sous l’égide irresponsable et amoral de l’ONU. Distingué(e)s invité(e)s, Mesdames et Messieurs, Chers rescapés et proches des victimes, Comme l’écrivaient récemment deux auteurs belges dans leur ouvrage dédié aux militaires belges tombés au Rwanda entre 1916 et 2006 : « …rien n’est plus faux que de croire que les événements des années 1990 surgissent de nulle part » ( p.229 Les militaires belges et le Rwanda 1916-2006, Editions Racine,2006). «….. le Rwanda sombrera un jour ou l’autre dans un génocide. Le mot est prononcé dès 1962 ». (p 230 ibidem). Mais en réalité, c’est déjà en novembre 1991 comme le font remarquer les mêmes auteurs à la page 108 du même ouvrage : « Le lieutenant général de Cumont, président du Comité des chefs d’état-major de l’Armée belge…refuse, en tous cas, l’usage des Forces métropolitaines belges à la seule défense des frontières : « Se borner à garder la frontière et confier la totalité des missions de rétablissement de l’ordre à la Garde territoriale, c’est risquer en cas d’excès d’être taxé de complicité dans les massacres que l’ONU appellera immédiatement génocide » écrit-il au ministre belge de la Défense, en novembre 1961. » Tout acte a une genèse …Tout acte a ses prémisses. Rien n’arrive au hasard… Nous sommes de ceux qui croient qu’une obligation à la commémoration, une ‘injonction de mémoire » est pour certains une sorte d’échappatoire ou une facilitation du mensonge, une forme d’occultation des intentions réelles qui demain peuvent se réveiller et rééditer l’innommable…Pour certains bourreaux effectivement, comme le relève Marcel Kabanda en commentant les livres de Jean Hatzfeld dans sa contribution intitulée : D’autre récits des marais rwandais : histoire du Bugesera (Rwanda1994-2004 : des faits, des mots, des œuvres, édition dirigée par Laure Coret, l’Harmattan 2005 p161 et162 ), (je cite) « le génocide était un mode de vie. On tue à l’aller le matin, on pille au retour le soir… Le livre de Hatzfeld montre que le génocide n’est pas fini, que ceux qui avouent le font par marchandage » Et à la page suivante : « Ceux qui sont condamnés reviennent à la vie, avec le sentiment d’un travail mal accompli, mais pas répréhensible ». (fin de citation). C’est pourquoi aussi un effort mondial de vigilance devrait intervenir pour débusquer et éradiquer dans les cultures philosophiques, spirituelles et religieuses de différents pays, les vecteurs de ces idéaux de néantisation et d’extermination de l’autre. Distingué(e)s invité(e)s, Puissent l’empathie et la solidarité de cette nombreuse assistance atténuer la souffrance indicible des victimes survivantes et leurs proches et leur apporter un baume au cœur où qu’elles se trouvent…, ici à Bruxelles et dans toute la Belgique, au Rwanda ou ailleurs dans le monde. Distingué (e)s invités, (Je ne terminerai pas ce message sans une gratitude spéciale au bourgmestre d’Auderghem, Monsieur Didier Gosuin, et à son staff du Centre Culturel d’Auderghem, qui, depuis le 07 avril 1997, héberge annuellement et à la même date notre Soirée du Souvenir.) Je vous remercie pour votre obligeante attention.********************************************************** Voir également:
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